Maladies transmises par les tiques : agir avec méthode (Août 2015)


L’augmentation de l’incidence des maladies transmises par les tiques demande une meilleure connaissance de ces acariens afin de pouvoir contrôler l’impact des maladies vectorielles.

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Les maladies transmises par les tiques représentent un véritable enjeu en médecine vétérinaire. L’augmentation de l’incidence de ces maladies ne découle pas seulement de l’amélioration des diagnostics, mais semble aussi en relation avec l’augmentation des vecteurs et les insuffisances immunitaires vis à vis des agents infectieux pouvant être véhiculés par ces acariens. La 1ère cause est à mettre directement en relation avec les modifications climatiques et des biotopes dans certaines exploitations. La 2nde découle de modifications dans la fréquentation de zones par différents lots (augmentation de la surface d’exploitations et large répartition géographique), et de traitements de lutte contre les tiques mis en place perturbant les équilibres immunitaires. Après avoir évoqué la biologie des tiques et leur implication dans la transmission de certaines maladies, il sera indiqué quelques recommandations pratiques afin de limiter l’impact de ces maladies.


/template/fleche_fiche_tech Une présence des tiques plus importante au printemps et à l’automne

En France métropolitaine, cinq espèces de tiques sont rencontrées chez les bovins.Ixodes ricinus est l’espèce la plus fréquente. Elle est très abondante dans tout l’hexagone, à l’exception des zones sèches du pourtour méditerranéen. Son exigence hygrométrique élevée (mort en dessous de 70 %) conditionne sa répartition. Sa survie dépend de l’importance du couvert végétal. Elle se rencontre donc surtout dans les forêts de feuillus ou sous-bois denses. Elle s’adapte aussi aux pâtures, les plus infestées étant celles entourées de haies ou à proximité des bois. La densité de la faune sauvage (chevreuils surtout) constitue un élément significatif de maintien et d’amplification des populations d’Ixodes ricinus. En raison de leurs exigences relatives aux conditions météorologiques, ces tiques présentent un pic d’activité important d’avril à juin et un deuxième plus faible en septembre et en octobre mais elles peuvent être rencontrées tout au long de l’année en fonction du climat. 

Ixodes ricinus est une tique triphasique et polytrope (changement d’hôte à chaque phase et espèce hôte pouvant être différente). Il existe trois phases parasitaires séparées par deux stades à terre où se déroulent les mues (cf. cycle) sur une période de 2 à 4 ans : larves, nymphe et adulte. Durant la phase parasitaire, qui dure de 3 à 10 jours, la tique se fixe sur l’hôte et réalise jusqu’à trois repas de sang/jour.

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La tique gorgée se détache ensuite pour muer ou, si c’est une femelle fécondée, pour pondre. Les phases de développement, de mue et de ponte sont réalisées à même le sol. Les facteurs climatiques entraînent l’alternance de période d’activité et de diapause. Les tiques passent la majeure partie de leur vie dans l’environnement. La survie de cette tique est fortement dépendante du nombre d’hôtes potentiels et des conditions écologiques qui règlent la phase libre. Les repas sanguins sont autant d’occasions pour la tique d’acquérir puis de transmettre au stade suivant un agent pathogène. Les larves parasitent davantage les petits mammifères et oiseaux, les nymphes les espèces de taille moyenne (hérissons, écureuils, blaireaux, renards…) et les adultes les grands ruminants sauvages (chevreuil) ou domestiques (bovins, ovins). Cette plasticité d’hôte fait d’Ixodes ricinus la tique la plus répandue en France et un très bon passeur de pathogènes entre espèces.


/template/fleche_fiche_tech Les tiques à l’origine de la circulation de nombreuses maladies avec un équilibre immunitaire naturel qui s’installe

Les tiques sont régulièrement rencontrées dans la transmission d’agents pathogènes chez de nombreuses espèces. La maladie de Lyme constitue un enjeu de taille en médecine humaine.

Chez les bovins, l’implication des tiques est très connue pour certaines maladies comme la piroplasmose, la fièvre Q ou l’ehrlichiose, pathologie de plus en plus identifiée. Au niveau d’une zone, les contacts réguliers avec les agents pathogènes permettent l’installation puis le maintien d’une immunité (prémunition) solide sans signes cliniques. La suppression totale des tiques dans le milieu extérieur étant impossible, il est important de veiller à ce que les bovins soient dans les conditions leur permettant de développer une immunité de prémunition efficace. La situation endémique est la plus intéressante pour la santé du troupeau. En premier lieu, il est donc utile de connaître la situation de son exploitation et des différents lots vis à vis des tiques et des maladies transmises par celles-ci. Il faudra veiller ensuite à maintenir cette immunité. Cela implique un contact au minimum annuel des animaux avec l’agent infectieux. Cela passe par un contact régulier, notamment au printemps, des animaux avec les tiques. Pour les jeunes, il sera fait en sorte qu’ils atteignent ce statut dans les meilleures conditions avec un pâturage des jeunes animaux sur les prés à risques.


/template/fleche_fiche_tech Un équilibre immunitaire à entretenir d’où une surveillance des modifications des biotopes et une lutte contre les tiques à utiliser avec circonspection

L’observation de signes cliniques de maladies transmises par les tiques découle de trois grands types de situation :

  • L’arrivée d’animaux « naïfs » dans une zone contaminée. C’est l’exemple typique lors de reconstitution de cheptel ou de nouvelles introductions mais cela peut aussi se rencontrer lors de l’occupation de nouvelles zones de pâturage par certains lots au sein d’une même exploitation. La prévention passe par une connaissance des statuts respectifs et la mise en place de mesures de contrôle de l’infestation par les tiques (diminution de la pression d’infection), agronomiques ou médicales. Par exemple, lors de la mise d’une chimioprévention contre la piroplasmose, le but recherché est le contact des animaux avec les tiques pendant la durée de protection chimique afin d’induire une immunité. Il va donc de soi que tout traitement acaricide sera alors proscrit.
  • Une baisse d’immunité chez des animaux normalement immunisés. Deux situations peuvent alors conduire à l’apparition de maladie : baisse de l’immunité générale due à des maladies infectieuses ou parasitaires ou mise en place de traitements acaricides, notamment au printemps, qui perturbent le maintien de l’immunité naturelle et entraînent l’apparition de maladie plus tard en saison, notamment si les conditions météorologiques sont favorables.
  • L’apparition de la maladie dans une nouvelle zone. Cette situation est le plus souvent due à l’envahissement d’une nouvelle surface par des tiques infectées. Le facteur le plus important est l’apparition en nombre de tiques dans un périmètre donné. Cela s’observe dans des zones qui ont tendance à être envahies par des broussailles durant des périodes météorologiques favorables (hygrométrie élevée durablement).

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La solution la plus raisonnée vis à vis des maladies transmises par les tiques est de privilégier l’immunisation naturelle des jeunes et assurer son maintien chez les animaux adultes. Cela demande une bonne connaissance de l’équilibre présent au sein de son exploitation et implique une gestion intégrée compatible avec le maintien de l’environnement (botanique, écologique…) et l’immunité des animaux. Sauf cas très particuliers, les traitements acaricides ne constituent aucunement une solution et peuvent même être contre productifs.


Source : GDS Creuse